Historique de la thérapie interpersonnelle

Genèse.

Les débuts des thérapies interpersonnelles se déroulent en 1969.

Les  Dr. Gerald Klerman et Dr. Eugene Paykel veulent réaliser une étude clinique pour tester l’efficacité relative des antidépresseurs tricycliques seuls ou associés à une psychothérapie dans la prévention d’une rechute suite à un syndrome dépressif. Les attentes de Klerman allaient dans le sens d’un manque d’efficacité des psychothérapies dans la prévention des rechutes dépressives.

Dans ce contexte historique, la thérapie la plus développée est la thérapie psychodynamique. Les thérapies comportementales sont en cours de développement et A. Beck rédige son guide de thérapie cognitive. Klerman et Paykel décident de proposer une thérapie « High Contact », reprenant ces différentes influences et basée sur le « bon sens » et les actions à mener pour traiter une dépression.

Les principes initiaux, dans la conception de la thérapie, étaient que l’on puisse la tester avec de larges instruments de mesure (échelles de qualité de vie, de « fonctionnement social »), et qu’elle soit reproductible. L’équipe qui développe cette thérapie comporte les Drs. Klerman et Paykel (psychiatres), Brigitte Prusoff, jeune statisticienne en Biostatistiques et Myrna M. Weissman, assistante sociale. Trois principaux travaux les ont inspirés:

  • le travail de Sullivan HS sur l’influence des liens interpersonnels sur les émotions (Sullivan HS. The Interpersonal Theory of Psychiatry. New York, NY: Norton; 1953).
  • les travaux de Meyer A. sur la relation entre les patients et leurs environnements (Meyer A. A Science of Man. Springfield, IL: Charles C. Thomas; 1957).
  • et sur les travaux de Bowlby J. sur l’attachement (Bowlby J. Attachment. New York, NY: Basic Books; 1969).

Le premier guide thérapeutique (High Contact) reprend déjà les bases de ce qui deviendra la thérapie interpersonnelle. La phase initiale est ainsi construite avec les notions de « sick role », de lien entre les symptômes et les relations interpersonnelles, ainsi que l’ancêtre du diagnostic TIP avec les définitions des différents facteurs de dépression (deuil, conflit, isolement social, transition de rôle)… Le manuel propose un accompagnement thérapeutique structuré pour le suivi des patients.

Devant le manque d’instrument de mesure adapté à l’évaluation du fonctionnement social, ils développent leur propre instrument: la « Social Adjustment Scale » (SAS-SR). (Weissman MM, Bothwell S. Assessment of social adjustment by patient self-report. Arch Gen Psychiatry. 1976;33(9):1111-1115.)

L’étude est alors prête à être lancée. Elle comporte plusieurs branches: amitriptyline, placebo, ou pas de traitement, avec ou sans psychothérapie (durant 8 mois en ambulatoire). Les patients inclus ont eu une dépression répondant au traitement médicamenteux, ne rentrant pas dans le cadre d’un trouble bipolaire.

Les premiers résultats, en 1974, sont intéressants et montrent une efficacité significative de la branche traitement et psychothérapie associée. La psychothérapie permet d’améliorer le fonctionnement social. Une étude approfondie sur l’efficacité de la thérapie interpersonnelle est alors lancée.

Développement et efficacité.

En 1979, Weissman et al montrent l’efficacité de la TIP. L’association TIP et Antidepresseur est significativement plus efficace que les autres branches de l’étude. Mais ce n’est pas le seul résultat intéressant: il apparait que dans la TIP est aussi efficace que le traitement antidépresseur dans la prévention de la rechute dépressive. (Weissman MM & al. The efficacy of drugs and psychotherapy in the treatment of acute depressive episodes Am J Psychiatry. 1979)

TIP + Amitriptyline > TIP seule = Amitriptyline seule >> patients sans soins

Plusieurs études viennent alors valider les premiers résultats. Notamment, une étude de l’Institut de santé mentale pour le traitement de la dépression, étude publiée en 1989, valide efficacité de la thérapie interpersonnelle avec celle de la TCC pour la prise en charge des épisodes dépressifs majeurs. (Elkin I, Shea MT, Watkins JT, et al. National Institute of Mental Health Treatment of Depression Collaborative Research Program. General effectiveness of treatments. Arch Gen Psychiatry. 1989;46(11):971-82; discussion 983.)

En 1984, le premier manuel de thérapie interpersonnel voit le jour. (Klerman GL, Weissman MM, Rounsaville B, Chevron E. Interpersonal Psychotherapy of Depression. New York, NY: Basic Books; 1984.). 

De nombreuses méta-analyses sont venues confortées ces résultats depuis les années 1980. (Comparative efficacy of seven psychotherapeutic interventions for patients with depression: a network meta-analysis. Barth J 2013)

TIP et attachement

La thérapie interpersonnelle s’est construite autours de plusieurs modèles, dont la théorie de l’attachement.

Aujourd’hui, les champs principaux d’application des TIP sont la dépression mais aussi les TCA ou les troubles borderlines, pathologies où la composante interpersonnelle est majeure. L’efficacité des TIP dans ces troubles s’explique par sa cible d’action: les relations interpersonnelles et les mécanismes attachmentistes sous-jacents.

La théorie de l’attachement est maintenant totalement intégrée dans la conceptualisation TIP, expliquant son efficacité, mais aussi ouvrant des voies de recherche supplémentaires pour le développement des thérapies interpersonnelles.

TIP aujourd’hui

Le nombre de publication scientifique sur les TIP est aujourd’hui très significatif. Lors d’un recherche en avril 2014, en tapant les mots clés sur pubmed « interpersonnal therapy », on retrouve plus de 20000 articles. En comparaison, à cette même période on retrouve plus de 16000 articles pour les mots clés « psychoanalytic therapy » et 55000 pour « cognitive behavorial therapy ».

Depuis les années 1990, les TIP se sont développées à l’international avec des programmes pratiques dans de nombreux pays (Australie, Autriche, Brésil, République Tchèque, Éthiopie, Finlande, Allemagne,Grèce, Grande Bretagne, Hongrie, Islande, Italie, Irlande, Japon, Pays Bas, Nouvelle Zélande, Norvège, Roumanie, Espagne, Suède, Suisse, Thaïlande, Turquie, Ouganda)…

Malgré les validations scientifiques et le développement international, leur application clinique en France reste, aujourd’hui marginal.

Article fortement inspiré d’un article de Myrna Weissman: « A Brief History of Interpersonal Psychotherapy, Myrna M. Weissman, PhD, PSYCHIATRIC ANNALS 36:8 AUGUST 2006  (553; 557) ».

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aftip creatip association française de thérapie interpersonnelle cercle de recherche et d’études

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