Principes des TIP

Bien que très développée et reconnue aux Etats-Unis, cette forme de thérapie est encore très peu connue en France, où elle n’est pratiquée que par un nombre encore restreint de thérapeutes. Même à Paris, seuls une poignée de thérapeutes l’exercent.

Pourtant, il faut savoir que son efficacité est scientifiquement démontrée, tant chez l’adulte que chez l’enfant ou l’adolescent par de nombreuses études1. C’est l’une des seules psychothérapies, avec la TCC, à avoir effectivement prouvé son utilité au cours d’études rigoureusement menées.

Cette thérapie est particulièrement efficace dans les problèmes de tristesse, pour vaincre la dépression et les troubles bipolaires (psychoses maniaco dépressives).

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I/ Quel est son principe ?

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L’expérience montre que la dépression est souvent reliée aux relations interpersonnelles. Attention, quand on parle de problème dans les relations interpersonnelles, il ne s’agit pas seulement d’un conflit ou d’une dispute !

Par exemple, il peut s’agir d’un problème inhérent au changement de statut de la personne, ce qui implique alors que le regard des autres et les responsabilités qui lui incombent, se modifient. Ainsi, un licenciement est une modification de relation interpersonnelle parce que la relation de professionnel à professionnel, le statut de salarié et les responsabilités qui lui sont liées ont disparu.

Dans le cas du trouble bipolaire, le soin passe par l’identification des situations interpersonnelles qui déséquilibrent la personne et peuvent déclencher une rechute que ce soit sur un mode dépressif ou un mode d’excitation maniaque. Dans l’indication de bipolarité,  soigner le trouble bipolaire consistera à donner au patient des moyens de faire face à ces situations interpersonnelles  AVANT que le déséquilibre ne survienne. C’est donc une action avant tout préventive, qui s’appuie beaucoup sur les rythmes chronobiologiques et une version de la thérapie interpersonnelle adaptée à la bipolarité: la TIPARS (Thérapie Interpersonnelle adaptée aux rythmes sociaux).

Par ailleurs, les liens inter personnels peuvent constituer une ressource et être donc une porte de sortie pour le patient déprimé. La TIP va aider le patient déprimé à identifier ces liens potentiellement ressource et sécurisants.

Sous l’angle de vision de la théorie de l’attachement, le principe de la TIP est de chercher à rendre l’univers interpersonnel du patient sécure, alors que celui-ci est devenu insécure en raison d’un problème interpersonnel ou suite à l’évolution de la dépression.

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II/ Quels sont les axes de travail de la thérapie interpersonnelle ?

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La première chose à savoir est que la thérapie interpersonnelle est efficace quelle que soit la cause de la dépression. Que la cause soit intuitivement interpersonnelle, comme par exemple dans le cas d’un deuil, ou reliée à une cause non interpersonnelle (exemple: diagnostic de maladie grave), la TIP pourra être efficace.

En effet, l’idée est d’agir sur la cause interpersonnelle si cet abord est pertinent, ou bien sur les conséquences interpersonnelles de l’épisode dépressif si la cause n’est pas interpersonnelle. Le but étant, selon la théorie de l’attachement, d’utiliser les liens sécures existants, de sécuriser les liens devenus insécures ou de créer de nouveaux liens sécures.

La thérapie interpersonnelle décrit quatre grands axes de travail, débouchant sur un diagnostic TIP :

- Le déficit interpersonnel ou isolement, qui concerne les personnes qui déplorent un manque de relations sociales ou un isolement. Il concerne les personnes qui se sentent seules et qui vivent mal cette situation. Ce déficit peut être qualitatif ou quantitatif.

- Le deuil : il recouvre les situations où quelqu’un de l’entourage est décédé.

- Le conflit : cadre très fréquent, où le problème interpersonnel est limpide : il s’agit d’apprendre à gérer les conflits, ou de donner les pistes afin de le solutionner. Le contexte des conflits au travail, des harcèlements professionnels se prêtent particulièrement bien à la TIP. Les conflits parents-enfants également.

- La transition de rôle : contexte le plus difficile à cerner, qui s’intéresse au vécu difficile consécutif à un changement de statut. Voici quelques exemples parmi les plus fréquents de situation de transition de rôle :

  • Promotion ou  licenciement : la modification des responsabilités et du regard de l’autre, de la nature des relations est au centre des problèmes
  • Maternité ou paternité : le passage du statut d’adulte à celui de père ou mère avec les responsabilités que cela comporte est à l’origine du problème
  • Mariage ou Divorce
  • Apprendre qu’on est atteint d’une maladie : on passe du statut de bien-portant à celui de malade, avec tout ce que cela va changer dans sa vie
  • Echouer à un examen : on doit renoncer à un certain nombre d’espoirs et de bénéfices et inconvénients qu’on avait spéculés. Ce qui est douloureux, c’est la divergence qui va apparaître entre les relations interpersonnelles espérées mais qui n’auront pas lieu du fait de l’échec, et celles qui auront réellement lieu.
  • Adolescence : théâtre d’un grand nombre de changements, en particulier sexuels et sur l’identité, elle est particulièrement dense en situations propices à une transition de rôle difficile à vivre, qui peuvent prendre de multiples formes.

Comme on le voit, les occasions sont nombreuses de rencontrer des situations interpersonnelles entraînant une déstabilisation et donc une souffrance.

Le lien entre les relations interpersonnelles et la tristesse ou la dépression est largement sous-estimé, et la spécificité de la thérapie interpersonnelle est de permettre de traiter spécifiquement les problèmes qui lui sont liés.

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III/ Comment se déroule la thérapie ?

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Elle est menée par un psychiatre, un psychologue, un psychothérapeute, ou un médecin généraliste, un médecin du travail, un infirmier diplômé d’Etat… Son format particulier permet en effet à un plus grand nombre de soignants de la pratiquer.

Elle se déroule en plusieurs étapes :

  1. phase initiale, qui se décline en : prise de contact avec le praticien TIP, identification du cadre de travail, présentation du principe de la thérapie interpersonnelle, établissement du nombre de séances total que durera la thérapie interpersonnelle. C’est aussi à cet étape que le praticien TIP identifie l’axe TIP déterminant si la thérapie interpersonnelle portera plutôt sur un déficit interpersonnel, un deuil, un conflit ou une transition de rôle. C’est à cet étape qu’on étudie le style d’attachement et qu’on donnera le « sick-role » au patient
  2. phase 2: travail spécifique en fonction du type de problème identifié. C’est le praticien TIP qui va mener la thérapie en fonction de la problématique en question. La thérapie interpersonnelle propose plusieurs techniques spécifiques. Chacune de ces techniques a des caractéristiques et des objectifs particuliers.
  3. phase de terminaison, préparant la fin de la thérapie.

Le nombre de séances est limité à l’avance, au cours de la phase initiale, généralement à 12 à 16 séances par le praticien TIP. Ceci permet d’éviter un désinvestissement du patient dans la thérapie et de ne pas garder le patient en thérapie plus que nécessaire.

Toutefois, selon les cas, le nombre de séances peut être augmenté, ou bien une thérapie de maintenance peut être décidée, en particulier dans les situations de plus grande vulnérabilité : adolescence, femme enceinte, personne âgée, etc…

En d’autres termes, basée sur la théorie de l’attachement, la thérapie interpersonnelle semble une thérapie extrêmement prometteuse qui va probablement se développer au cours des années en France, ce d’autant que son efficacité est quantifiable et vérifiée.

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1. Cuijpers P, Geraedts AS, van Oppen P, Andersson G, Markowitz JC, van Straten A. Interpersonal psychotherapy for depression: a meta-analysis. Am J Psychiatry;168(6):581-92.

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aftip creatip association française de thérapie interpersonnelle cercle de recherche et d’études

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